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— Coltrane, vieux, ça c’est un type. Tu creuses ça ?
Coltrane, je vais le connaître par cœur. Les cloisons sont plutôt fines entre les appartements.
Pour le prix, pas à se plaindre : cinquante dollars par mois, presque moins cher que l’Armée du salut et j’ai tout un appartement. Trois pièces non meublées, mais mon prédécesseur a tout laissé, tout, sa garde-robe miteuse, ses chaises bancales, ses matelas pourris, ses livres, ses disques, son électrophone (il ne marche pas) et même son aiguille, son compte-goutte, ses pilules et son papier à cigarettes, du coca dans le frigo et un plateau télé congelé.
Il a dû être arrêté, le proprio s’en fout, il a reloué de suite, même pas monté avec moi me montrer l’appartement. Il m’a donné les clefs : dernier étage, le 21, allez voir si ça vous convient. Mon salaire de la semaine suffisait, j’ai sauté dessus : trois pièces, vous pensez ! Les murs sont écaillés, les vitres cassées, y a des trous dans le plancher et des rats qui se baladent la nuit – des rats, pas seulement des souris ! La baignoire est dans la cuisine, elle perd, mais j’ai une baignoire. Les WC ont la cuvette cassée, mais j’ai des WC. Mon voisin, faut qu’il aille dans le couloir.
Mon appartement donne sur la rue, ça c’est un avantage ! J’écoute tout, les pompiers, les flics, les Portoricains qui s’engueulent, le chachacha et le merengue qui dégoulinent toute la nuit, mais au moins je ne serai pas cambriolé par l’escalier de secours.